Vitamine D en hiver : qui doit prendre un supplément ?
Vitamine D en hiver en Belgique : pourquoi la peau en fabrique peu, qui doit se supplémenter, à quelle dose, quand doser et comment éviter le surdosage.
Pourquoi la peau fabrique si peu de vitamine D en hiver
La vitamine D aide le corps à utiliser le calcium : elle est indispensable aux os, aux dents et aux muscles. La peau la fabrique grâce aux rayons UVB du soleil ; l'alimentation n'en apporte qu'une petite partie.
À Bruxelles comme partout en Belgique, d'octobre à début mars, le soleil reste bas et ses rayons UVB sont en grande partie filtrés par l'atmosphère. Au Royaume-Uni, à une latitude proche, les autorités de santé estiment qu'à cette période le soleil est trop faible pour que la peau fabrique de la vitamine D : la production devient quasi nulle. Nuages, pollution, vêtements couvrants et crème solaire à indice élevé la réduisent encore. Les réserves de l'été s'épuisent peu à peu : le manque est donc fréquent à la fin de l'hiver et au début du printemps. Le soleil, lui, ne provoque pas de surdosage ; protégez quand même votre peau lors d'une exposition prolongée.
Les recommandations belges
Les apports conseillés sont fixés par le Conseil Supérieur de la Santé (CSS) dans son avis n° 9285 de septembre 2016, toujours cité en 2026 par le Centre belge d'information pharmacothérapeutique (CBIP).
- Enfants jusqu'à 10 ans : 10 µg (400 UI) par jour.
- Adolescents et adultes jusqu'à 70 ans : 10 à 15 µg (400 à 600 UI) par jour.
- Après 70 ans, pendant la grossesse et l'allaitement : 20 µg (800 UI) par jour.
L'alimentation n'apporte en moyenne qu'environ 5 µg par jour à un adulte européen. Pour un adulte en bonne santé qui sort régulièrement, les avis divergent : le Royaume-Uni conseille à chacun d'envisager 10 µg par jour en automne et en hiver, alors que le CBIP estime qu'aucun argument ne justifie, à ce jour, une supplémentation systématique en dehors des groupes à risque.
Qui devrait prendre un supplément ?
- Bébés et jeunes enfants : l'ONE et Kind en Gezin conseillent 400 UI (10 µg) par jour à tous les enfants jusqu'à 6 ans, dès la naissance et toute l'année selon Kind en Gezin. Le lait maternel et le lait infantile n'en apportent généralement pas assez. En cas de facteur de risque comme une peau foncée, Kind en Gezin conseille 600 UI par jour, éventuellement jusqu'à 18 ans. Pour un bébé prématuré, le pédiatre fixe la dose.
- Enfants plus âgés et adolescents à risque : peau foncée, peu de soleil, traitement par certains médicaments contre l'épilepsie.
- Femmes enceintes et allaitantes : 20 µg (800 UI) par jour selon le CSS. Le manque est plus fréquent en cas de peau foncée ou de port du voile.
- Personnes âgées, surtout en maison de repos, où le manque est très fréquent : 800 à 2 000 UI par jour, avec assez de calcium, peuvent y réduire le risque de fractures liées à l'ostéoporose.
- Peau foncée, peau couverte, peu de sorties : personnes d'origine africaine, antillaise ou sud-asiatique ; personnes qui couvrent la majeure partie de leur peau à l'extérieur ; personnes fragiles ou confinées à domicile.
- Certaines maladies : malabsorption (maladie inflammatoire chronique de l'intestin, maladie cœliaque, chirurgie de l'obésité, mucoviscidose), cholestase, ostéoporose. Le médecin adapte alors la dose.
Le dosage sanguin n'est pas utile pour tout le monde
La prise de sang mesure la « 25-OH vitamine D ». Selon le CBIP, l'intérêt d'un dosage systématique n'est pas établi, y compris chez les personnes âgées, et aucun seuil universellement admis ne protège des fractures.
Les règles de l'INAMI prévoient en principe un seul dosage par année civile, et jusqu'à trois par an dans certaines situations : insuffisance rénale chronique à partir du stade IIIb, dialyse ou greffe de rein, malabsorption documentée, hyper- ou hypoparathyroïdie, diabète phosphaté, bisphosphonates en perfusion. Votre médecin peut proposer un dosage en cas de signes de manque (douleurs osseuses, crampes musculaires) ou d'une de ces maladies. La prise de sang peut alors se faire au cabinet ou à domicile avec notre équipe de soins infirmiers.
Trop de vitamine D : un risque réel
La vitamine D s'accumule dans le corps. À trop forte dose, elle fait monter le calcium dans le sang (hypercalcémie) : nausées, vomissements, constipation, soif intense, envie fréquente d'uriner, fatigue, confusion, puis calculs rénaux et atteintes des reins et du cœur. Sauf avis médical, le CSS fixe un maximum de 25 µg (1 000 UI) par jour jusqu'à 10 ans et de 50 µg (2 000 UI) à partir de 11 ans.
Des intoxications surviennent, souvent après une erreur. En France, un centre antipoison a recensé 1 255 erreurs ou prises accidentelles de gouttes de vitamine D entre 2017 et 2020 : compte-gouttes défectueux, dose donnée deux fois, prescription mal comprise, flacon bu par l'enfant. Un bébé de 3 mois a été hospitalisé après avoir reçu un complément acheté sur Internet, dosé par goutte et non par millilitre : 40 000 UI par jour au lieu de 1 200. Chez les personnes âgées, les solutions très concentrées exposent aussi à des erreurs, et de fortes doses (3 000 UI par jour ou 60 000 UI par mois et plus) pourraient augmenter le risque de chute.
- Vérifiez la concentration (par goutte ou par millilitre) quand vous changez de produit.
- Respectez le rythme prescrit (jour, semaine ou mois).
- Ne cumulez pas plusieurs produits contenant de la vitamine D sans avis médical.
- Rangez les flacons hors de portée des enfants.
Si un enfant a avalé un flacon ou des comprimés, appelez le Centre Antipoisons au 070 245 245. En cas de confusion ou de malaise grave, appelez le 112. En dehors de nos heures d'ouverture, le médecin de garde répond au 1733.
Ce que montrent (et ne montrent pas) les grandes études
Les études d'observation associent un taux bas de vitamine D aux maladies cardiovasculaires, au diabète ou à certains cancers, mais ce taux bas peut être une conséquence plutôt qu'une cause. Les grands essais contre placebo n'ont pas montré de bénéfice général :
- VITAL (25 871 participants, 2 000 UI par jour pendant 5 ans) : pas de diminution des cancers invasifs, des événements cardiovasculaires ni de la mortalité.
- D-Health (21 310 personnes de 60 à 84 ans, 60 000 UI par mois pendant 5 ans) : pas d'effet sur la mortalité totale, cardiovasculaire ou par cancer.
Limite : dans D-Health, 80 % des participants avaient déjà un taux suffisant, et les taux belges pourraient être plus bas. Ces essais ne remettent donc pas en cause la supplémentation des groupes à risque, destinée à prévenir un manque. Mais prendre de la vitamine D « au cas où », sans carence, pour se protéger du cancer ou des maladies du cœur ne repose pas sur des preuves.
Les aliments qui en apportent
Les poissons gras (saumon, maquereau, hareng, sardine, truite) et le jaune d'œuf sont les principales sources naturelles. En Belgique, de la vitamine D est ajoutée à certaines matières grasses à tartiner ou de cuisson, à certains laits, yaourts et produits au soja, et à certaines céréales du petit-déjeuner.
Parlez-en avec votre médecin
Demandez conseil avant de prendre un supplément en cas de maladie des reins, de calculs rénaux, de sarcoïdose, de maladie des parathyroïdes ou de calcium élevé, ou si vous prenez des diurétiques thiazidiques, du lithium ou du calcium : le risque d'excès de calcium est alors plus élevé. Parlez-en aussi en cas de grossesse, de traitement contre l'épilepsie ou de prise d'autres compléments.
À la Maison Médicale Parc Astrid, à Anderlecht, votre médecin généraliste évalue avec vous l'utilité d'un supplément, la dose et la forme, en français, en néerlandais, en anglais ou en turc. Pas encore inscrit ? Consultez la page nouveau patient.
Sources
- CSS – Recommandations nutritionnelles pour la Belgique, avis n° 9285 (2016)
- CBIP – Répertoire, 14.2.1.2 Vitamine D et dérivés (2026)
- CBIP – Folia : vitamine D et mortalité ; surdosage accidentel chez l'enfant (2022)
- Kind en Gezin – Extra vitamines : vitamine D (consulté en 2026)
- INAMI – FAQ : dosage de la vitamine D (consulté en 2026)
- Gezondheid en Wetenschap – Te veel calcium in het bloed (hypercalciëmie) (2020)
- NHS – Vitamin D (2020)